À propos de l'Estampe

Définition
Estampe est un terme générique désignant une image réalisée à l’aide d'une planche (bois, métal, pierre …) préalablement gravée et encrée, obtenue sur papier à l’aide d’une presse. L’impression d’une estampe peut être réalisée à plusieurs exemplaires nommés « épreuves ». Il est convenu d’appeler « estampe originale » une estampe conçue, et exécutée sur la planche par un seul et même artiste. Néanmoins nombre d’estampes de qualité ont été exécutées par des artistes d’après d’autres peintres ou dessinateurs, ce sont les « estampes d’interprétation ».
Certaines abréviations latines visibles sous le sujet permettent d’identifier les différents intervenants
pinx. - pinxit = peignit
del. - delin. - delineavit = dessina
comp. - composuit = composa
inv. - invenit = inventa
sc. - sculps. - sculpsit = tailla
inc - incidit. = grava
f. - fe. - fecit. = fit
lith. = lithographia
La signature manuscrite de l’artiste et la justification de tirage, dans la marge inférieure, n’apparaissent qu’ à la fin du XIX° siècle. Les épreuves d’un même tirage ne sont pas parfaitement identiques, du fait de l’intervention manuelle (encrage, pression). Indépendamment de ces épreuves définitives il existe des épreuves témoignant des différents stades de l’élaboration de la planche, L’artiste effectue parfois des tirages de quelques épreuves au cours de son travail, avant de retravailler la planche afin d’obtenir le résultat définitif. Ces épreuves, qualifiées d’ « états » sont répertoriées dans l’ordre d’évolution de l’œuvre.
Techniques
Les différentes techniques aboutissant au tirage de l’estampe peuvent être groupées selon que l’on considère le matériau (bois, métal, pierre …) ou le mode d’élaboration (manuel ou chimique) mais la classification la plus classique repose sur le mode de tirage.
On distingue quatre catégories :
I - Impression en relief ( Taille d’épargne)
A – Xylographie - bois gravé dit «de fil»

Si le procédé est connu en Chine depuis le VII°siècle, son apparition en Europe se situe à la fin du XIV° siècle. La plaque de bois est découpée dans le sens de la fibre. Elle est taillée au canif et à la gouge afin d’évider les parties qui resteront blanches au tirage, laissant le motif en relief, c’est celui-ci qui une fois encré s’imprimera sur le papier. En utilisant plusieurs bois représentant chacun une partie du dessin et en superposant les tirages sur une même feuille on peut réaliser une impression en couleur. En utilisant un dégradé de couleurs on obtient une gravure en camaïeu dit « clair-obscur » ou « chiaroscuro » (procédé en vogue au XVI° siècle).

B - Xylographie - bois gravé dit «de bout»
Ce procédé à été présenté pour la première fois en 1771 par un graveur anglais, Thomas Bewick. Au contraire du « bois de fil » on utilise le bois taillé transversalement au tronc. La gravure du dessin est exécutée au burin.

C - Linogravure
La technique est la même que celle utilisée pour le bois de fil. On utilise du linoléum, plus économique et beaucoup plus facile à travailler que le bois dur.

D – Métal
Les tailles d’épargne peuvent êtres exécutés de la même manière sur des plaques de métal. Le cuivre, plus dur que le bois est peu utilisé. Le plomb, plus tendre ne permet de tirage important qu’après avoir été recouvert par électrolyse d’ une fine pellicule d’acier ou de cuivre.

E – Métal – Zincographie
Le motif est exécuté sur une plaque zinc, à l’encre lithographique ou au crayon gras, les parties non protégées par le dessin sont ensuite creusées par des bains d’acide.

F – Métal – Criblé
On ne connaît qu’un nombre limité d’estampes ainsi réalisées. Cette technique, originaire des ateliers d’orfèvres, pratiquée dans la seconde moitié du XV° siècle, n’est que très rarement utilisée par la suite. Une plaque de cuivre est creusée à l’aide d’un poinçon, créant ainsi les parties blanches en forme de points, croix ou étoiles. On obtient les épreuves par estampage.
II – Impression en creux (Taille douce)
Différentes techniques peuvent être utilisées pour une même estampe. Un tirage polychrome, s’obtient soit avec une planche unique en encrant chaque partie de différentes couleurs, soit en superposant plusieurs planches, chacune pour une couleur particulière.

A - Burin
C’est la plus ancienne technique de gravure en taille douce, Elle a pour origine les estampages que les orfèvres tiraient de leurs travaux d’ornement sur métal afin en garder un témoignage. Apparue au milieu du XV° siècle simultanément en Italie et en Allemagne, cette technique se répand dans les autres pays à partir du XVI°Siècle. Le graveur creuse une plaque de cuivre, à l’aide d’ un outil en acier, appelé burin. Le dessin est ainsi formé par des sillons plus ou moins profonds en forme de V. La planche est ensuite encrée et essuyée. Sous une forte pression le papier humide se moule dans les creux et y retient l’encre donnant un léger relief au toucher. La pression exercée par la presse en taille douce, laisse la trace du « coup de planche » communément nommée « cuvette ». En 1820, un anglais, Charles Heath remplaça la plaque de cuivre par une plaque d’acier, permettant des tirages quasiment illimités.

B – Gravure au pointillé
Bien que connue de longue date, la gravure au pointillé connaît un réel succès à partir du XVIIIè siècle. La plaque de cuivre est couverte d’une multitude de petits points frappés avec un poinçon.

C - Pointe sèche
L’emploi de la pointe sèche remonte au XVè siècle. L’artiste dessine à l’aide d’une aiguille sur une plaque de métal. Les « barbes » formées par le métal arraché, sont conservées pour retenir l’encre.

D - Manière noire ( Mezzotinte)
Cette technique fut découverte en 1642 par l’ Allemand, Ludwig Von Siegen. On obtient l’image par un procédé de grattage sur une plaque de cuivre préalablement couverte d’ un grenage ne laissant aucune surface lisse. Laissée telle quelle l’ épreuve serait d’un noir uniforme, en écrasant plus ou mois le grain ou en les polissant, on obtient des dégradés allant jusqu’ au blanc.

E - Eau-forte
Le procédé est utilisé depuis le XV° siècle. On regroupe sous le nom générique d’eau- forte, toutes les techniques consistant à graver à l’aide d’ acide, une plaque de métal unie. La plaque de métal étant recouverte d’un vernis, on y exécute un dessin avec une pointe. Le passage dans un bain d’acide creuse (mord) les parties ainsi dégagées, alors que les parties vernies sont protégées.

F – Vernis mou
Pour cette variante de l’eau-forte on applique une feuille de papier sur la planche enduite d’ un vernis mou. Le dessin est exécuté sur la feuille qui, arrachée de son support, laisse le trait apparent sur la plaque.

G - Manière de crayon
Utilisée pour la première fois au XVIII° siècle, la gravure en manière de crayon est destinée à reproduire le plus fidèlement, un dessin ( crayon, craie ou sanguine). Le dessin est exécuté sur une planche de cuivre enduite de vernis dur où les instruments ( roulette, molette, matoir ) laissent une empreinte suivant leur extrémité.

H – Aquatinte
Inventée au milieu du XVIII° siècle par le français Jean-Baptiste Leprince, l’aquatinte rend un effet imitant le lavis. La plaque de cuivre est recouverte de poudre ( bitume, résine, ou autres ) fixée par chauffage. L’acide en rongeant le cuivre entre les grains, donne l’impression de demi-teintes.
III – Impression à plat
A – Lithographie
Inventé en Bavière vers 1796-1798 par Aloys Senefelder, le procédé se répand avec succès au XIX° siècle. Le dessin, exécuté avec une encre grasse, est fixé sur la pierre lithographique. Grâce à ses propriétés chimiques la pierre humidifiée retient l’encre d’ impression sur les parties dessinées et la refuse sur les parties intactes. Le dessin est exécuté directement sur la pierre à l’aide de différents outils : craie lithographique, plume, pinceau, brosse…La pierre peut être remplacée par une tôle de zinc.

B – Autographie
Le dessin est exécuté sur un papier autographique puis reporté sur la pierre ou le zinc par pression.
IV – Autres procédés
A – Sérigraphie
La sérigraphie a pour ancêtre les pochoirs utilisés bien avant notre ère, en Extrême-Orient, pour le décor des tissus. La couleur est appliquée dans la partie évidée d’une feuille (papier, métal, cuir...) à l’aide d’un pinceau. Le pochoir est aussi utilisé pour mettre en couleurs des estampes en noir). En 1907, en Grande-Bretagne, Samuel Simon perfectionne le procédé en utilisant un pochoir délimité par un vernis, sur de la soie. Très vite l’invention, destinée à l’industrie textile, trouve de nouvelles applications. L’encrage s’effectue par tamisage à travers les parties restées découvertes.

B – Cliché-verre
Le cliché-verre, mis au point vers 1850, n’est pas à proprement parler un procédé d’impression. Le dessin est tracé sur une plaque de verre enduite de collodion, le négatif ainsi obtenu, est ensuite tiré comme une photographie.